La Sicile – Une explosion de sentiments

A Marsala, en Sicile, le théâtre envahit les rues durant la semaine sainte. On y représente à travers une série de tableaux le calvaire du Christ, rédempteur de l’humanité

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Des femmes en pleurs devant la dépouille mortelle de Jésus. Des hommes marqués par l’effort, portant la lourde statue de la Vierge Marie à travers les rues. Des enfants que des adultes tendent à bout de bras vers le prêtre afin qu’il les bénisse.

Un spectacle de rue gigantesque, qui a lieu durant la semaine sainte, entre le dimanche des Rameaux et le lundi de Pâques, et dont les représentations très diverses sont données dans toutes les localités de Sicile, de sorte qu’il n’est pas possible de se déplacer suffisamment vite pour assister à l’ensemble d’entre elles.

A Enna, le cortège sans fin de la congrégation masquée, à l’image de l’inquiétant Ku-Klux-Klan, s’étire à travers la ville; à Prizzi, la mort et le diable mènent la danse; à Ferla, la statue du Ressuscité traverse à vive allure la rue du village en feu.

Pour ma part, j’ai choisi de m’arrêter à Marsala. Dans cette ville de l’extrême ouest de la Sicile, la Passion du Christ est représentée en tableaux vivants durant tout l’après-midi du jeudi saint.

J’arrive à midi. Un vent chaud venu de la mer souffle sur la cité. Une foule compacte est déjà massée le long des rues, rendant tout déplacement impossible. J’ai la chance de m’être placée à l’endroit où le spectacle débute.

Devant la grande porte d’une maison, des photographes professionnels jouent des coudes entre les curieux pour tenter de gagner la meilleure place. Des policiers repoussent des gens qui empiètent sur la rue. Enfin, la porte s’ouvre, livrant passage à Jésus, mains liées, traces de sang sur le corps à demi-nu, un masque de souffrance sur le visage.

La foule des Juifs l’entoure. Des femmes compatissantes, portant des enveloppements, des soldats, le gardien de la prison qui fait claquer son fouet sur le sol et ne cesse d’insulter Jésus, au point d’effrayer les spectateurs.

Un cercle s’est rapidement formé autour de la scène, on apprend le verdict de Ponce Pilate, puis le groupe s’en va. La porte s’ouvre à nouveau, un autre Jésus apparaît, les épaules chargées de la croix. Il porte péniblement la lourde charge, puis s’écroule. A grands cris et à coups de pied, ses accompagnants le forcent à se relever.

Les acteurs incarnant Jésus se succèdent, chacun d’eux jouant un autre épisode de la Passion durant le long cheminement qui les mène à travers la ville.

Le soleil de cet après-midi darde cruellement ses rayons sur le porteur de la croix, sur les épais costumes des femmes qui débouchent quelques heures plus tard, baignées de sueur, sur la grand-place.

Le «véritable» Jésus apparaît alors. Il n’est pas masqué. Le public se rassemble sur la place, se bouscule pour monter les marches du perron de la grande église afin d’y assister au spectacle de la vie du Christ.

La femme adultère apparaît et se jette aux pieds de Jésus. Elle est suivie de Marie et de Marthe, puis de l’aveugle, de l’homme souffrant d’hydropisie et du paralytique. S’adressant à eux, le fils de Dieu prêche son évangile à toute l’assistance. Le soleil baisse lentement à l’horizon, l’air fraîchit, et le grand spectacle tire à sa fin pour cette année.

Pâques, en Sicile, est une fête désordonnée et joyeuse, à laquelle se mêlent cène, crucifixion et résurrection. Et demain, le spectacle recommence à Trapani, San Fratello et Ribera.

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